Le blog qui prend le temps de s’énerver
23 juil
Nous voilà enfin en été, le vrai, avec le soleil, la chaleur et tout ça…
Et comme tous les ans, les journées autour de chez moi font un peu penser aux Grandes Eaux de Versailles.

Ce week-end, j’ai fait pas mal de route et traverser beaucoup de champs de maïs.
De Toulouse aux Landes (le Sud-Ouest pour les gens du nord…), c’est partout le même constat : les irrigations tournent à plein régime, même à 14h avec plus de 30°C.
Discussion de plein champs
Alors que je m’arrêtais sur le bord de la route pour prendre une photo d’illustration pour ce billet, je suis tombé sur l’agriculteur qui venait de lancer l’irrigation.
Une fois rassuré sur ma non-appartenance à une association écolo-bornée, le mec s’est avéré être très sympa et nous avons discuté un bon moment.
Hormis les différentes banalités d’usage, voilà ce qui est ressorti de notre rencontre :
- il fait du maïs parce que l’état l’y pousse par ses subventions
- il préfèrerait faire du soja pour que la France soit moins dépendante (le soja sert principalement à l’élevage)
- le prix des céréales a augmenté mais pour revenir au niveau d’il y a 10 ans. Seulement, alors quel les intermédiaires n’avaient pas répercuté les baisses précédentes, ils répercutent aujourd’hui les hausses
- il a un mauvais a priori sur les OGM mais son plus gros problème est de ne pas avoir le choix si son voisin s’y met
- il a insisté pour que je comprenne bien qu’il ne râle pas et qu’il est heureux
- il est dégouté par l’emprise de notre monde occidental qui tient les pays pauvres en leur vendant des graines de céréales stériles
- quant à l’irrigation, c’est surtout le manque de temps et de main d’oeuvre qui le pousse à arroser en journée
A ce moment-là, il m’a proposé l’apéro mais j’étais déjà à la bourre…
Mais quel plaisir de voir un agriculteur ouvert, à 100 lieues de l’image d’épinal du destructeur de bureau ministériel.
Par contre, je n’en démords pas : cet arrosage en pleine chaleur est un énorme gâchis !
15 mai
Juste une petite brève pour que je ne sois pas le seul à être désespéré…
Pour faire le plein d’une voiture en biocarburant (50 litres), il faut utiliser 358 kg de maïs !
Cela correspond à la consommation annuelle d’un enfant dans un pays qui a le maïs comme aliment de base : Mexique ou Zambie par exemple.
Voilà, c’est dit et je suis toujours énervé.

Et vous, vous avez aussi des chiffres qui vous énervent comme celui-là ?
15 avr
Et maintenant les “émeutes de la faim” !
Nouveau drame planétaire (dé)couvert par nos médias..
Hélas, ces émeutes télévisées ne sont que la partie émergée d’un iceberg bien ancien.
Si le pouvoir d’achat truste nos journaux télévisés, il faut bien se rendre à l’évidence, ce phénomène est mondial. Il n’a pourtant pas le même impact dans des pays où la nourriture représente la totalité des dépenses.
L’augmentation des matières premières (blé, maïs, riz ou haricots) est directement lié à notre politique jusqu’au boutiste en matière d’environnement après des années de laisser-aller.
Il y a encore un an de cela, une grosse voiture puissante représentait le pouvoir dans toute sa splendeur, quelque soit le milieu ou le coin du monde. Entre temps, une conscience environnementale de circonstance est apparue. On ne jure plus que par les voitures hybrides ou le biocarburant, même la Formule1 s’y met !
Je suis un fervent défenseur de la nature, je suis pour les petits gestes du quotidien, cependant j’essaie aussi de mesurer les conséquences de mes actes.
Du pétrole dans l’assiette
A plus de 100$ le baril de pétrole, les plantes pour le biocarburant deviennent aussi chouchoutées qu’une plateforme en Mer du Nord, quite à supprimer des cultures vitales.
Voilà où nous en sommes arrivés pour “protéger la nature” avec nos biocarburants-qui-donnent-bonne-conscience :
Et ce n’est pas fini puisque pour rester dans la course, l’Union Européenne s’est donné comme objectif de passer à 10% de biocarburant d’ici 2020.
On pourrait aussi parler des tonnes d’engrais et de pesticides nécessaires pour une telle production…
Le rapporteur de l’ONU sur l’alimentation Jean Ziegler parlait déjà de crime contre l’humanité en 2005. Les récentes émeutes lui donnent aujourd’hui raison.
Comme lui, je suis de l’avis de demander un moratoire contre sur les biocarburants en attendant de trouver une matière première plus raisonnable; les déchets végétaux sembleraient être un voie bien plus éthique.
Le remède est quelque fois pire que le mal…
2 avr
Cette semaine on apprend que l’Autorité des marchés financiers (AMF) a confirmé les soupçons de délits d’initiés envers 17 dirigeants d’EADS et le lancement d’une procédure de sanctions.
Pour rappel, en 2006, suite à l’annonce d’un retard de plusieurs mois du programme Airbus 380, l’action de la maison-mère EADS avait plongé de près de 30%.
Or il a été rapidement révélé que des dirigeants avaient vendu leurs actions quelques semaines plus tôt.
En ce début d’été 2006, ces personnes, dont le président Noël Forgeard, ont juré ne rien connaître de l’éventualité de ces retards.
Pourtant, à cette époque, tout Toulouse bruissait de rumeurs concernant l’A380.
Je ne travaille pas pour Airbus ni pour aucun de ses sous-traitants, mais je suis Toulousain. Ici tout le monde connait quelqu’un qui travaille pour Airbus. Depuis plusieurs mois, il était évident pour ces salariés que les plannings étaient intenables.
Les medias parisiens, y compris les “spécialistes” de l’aéronautique, ont semblé découvrir l’existence de ces retards le jours de l’annonce officielle. Quelle plaisanterie !
Alors si toute une ville savait, comment des dirigeants pouvaient ignorer la situation ?
Cette histoire est une vaste hypocrisie et je peux d’ores et déjà vous annoncer un autre scoop : l’A400M (Airbus militaire) ne tiendra pas non plus le planning initial.
Il suffit de demander à quelques toulousains…
26 mar
A l’heure où la ministre de la santé Roselyne Bachelot estime que toutes les conditions sont réunies pour augmenter les consultations médicales, je viens de faire une découverte qui m’a laissé sans voix.
Au détours d’une discussion, un ami médecin m’a lâché une information passée complètement sous silence : les médecins touchent un forfait annuel de 40€ par patient depuis la mise en place du système de Parcours de Santé depuis janvier 2005 !
En fait, si une médecin est déclaré comme Médecin Traitant par un malade ayant une affection de longue durée, la Sécurité Sociale lui reverse annuellement 40€ sans contrepartie.
Le patient paiera bien sûr normalement ces consultations et ces 40€ n’en seront pas déduis.
D’abord, je trouve cela complètement aberrant étant donné que le principe de Parcours de Santé a été mis en place pour faire des économies, or ces patients seraient de toute façon venus chez leur médecin.
Mais surtout, je trouve encore plus lamentable le fait que cela soit passé sans tambours ni trompette. Les médecins sont bien sûr restés discrets à ce sujet et l’opposition s’est focalisée sur le forfait de 1€ par consultation.
Que dire… Je ne sais pas… Les faits parlent d’eux-même.
Je sais que tous les médecins ne roulent pas sur l’or malgré les croyances populaires et je ne suis pas de ceux qui pointent du doigt ce qui ont la chance de bien gagner leur vie.
Ce qui me gène ici, c’est que tout cela sent les petites transactions de cabinets (médicaux et parlementaires). Ca ne grandit ni les syndicats de médecins, ni nos politiciens, ni les journalistes qui n’ont rien dit à ce sujet.
Cette découverte me laisse un goût amer…
Et vous, vous saviez ? Qu’en pensez-vous ?
18 mar
Voilà maintenant une semaine que le Tibet est à nouveau au cœur de l’actualité. Quand je dis ça, j’en exclue bien évidemment l’actualité chinoise.
La Chine s’enfonce de plus en plus dans une position ambiguë qui devient difficilement tenable, ceci en grande partie dû à l’émergence de l’économie numérique.
Hier, dans les usines chinoises, les salariés étaient facilement contrôlables : pas d’accès à l’information, loisirs contrôlés par l’état.
Aujourd’hui, la Chine doit faire face à une population qui entend des bruissements extérieurs. Depuis l’ouverture capitaliste de ce pays, l’échange des marchandises avec l’étranger s’est accompagné d’un flux de plus en plus important de personnes.

Là où une répression violente au Tibet était passée sous silence, il faut maintenant faire face à des étrangers qui affluent dans le pays accompagnés de leurs journaux et autres ordinateurs portables plein de vidéo.
Les hôtels eux-même doivent proposer CNN, TV5 ou BBC dans les chambres pour contenter les visiteurs.
En voyage professionnel à Canton, j’ai pu me rendre compte que les journaux locaux (China Today) ne contiennent pas les même informations dans leur édition anglaise, mais de plus en plus de chinois comprennent cette langue.
Voilà comment pour la première fois l’Agence Chine Nouvelle (AFP locale) a parlé d’émeutes au Tibet. Bien sûr, la présentation reste très pro-chinoise mais on sent les choses bouger.
Et les JO dans tout ça ?
L’appel au boycott est pour moi une façon de remettre la chape de plomb sur ce pays.
C’est vrai qu’il est bien plus simple de demander à des athlètes de se sacrifier pour nous plutôt que de tirer un trait sur le juteux marché chinois ou de décider en son âme et conscience de ne plus acheter des t-shirts Made in China…
Il n’en va pas de même pour les entreprises qui se rendent complices de la censure chinoise. Google et Yahoo ne sont à ce sujet pas des modèles du genre. Côté français, Thalès (l’état est actionnaire à 27%) est le fournisseur des antennes permettant le brouillage des radios et télévisions au Tibet.
Je pense que la venu de milliers de journalistes et de touristes cet été ne laissera pas la Chine intacte. Sur cette multitude, on peut espérer que certains ouvriront les yeux de ce peuple et essaimeront un vent de liberté.
Enfin, il serait aussi temps d’entendre nos hommes politiques si enclin à parler de droits de l’homme lors des échéances électorales et si discrets quand le problème se présente.
Le boycott de la cérémonie d’ouverture par tous les chefs d’états serait un symbole fort.
Je rêve d’athlètes sur le podium avec un drapeau tibétain. Ne serait-elle pas la plus belle image face à la censure ?
Permettez-moi de croire encore à la force des symboles…