Le blog qui prend le temps de s’énerver
5 déc
Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, Internet était plutôt vu comme une curiosité par les médias traditionnels et les hommes politiques.
Depuis l’été dernier, le regard change de plus en plus : la curiosité est remplacée par l’inquiétude face à la nouveauté.
En avant-poste il y a bien sûr Nadine Morano qui profite de chaque faits divers pour revenir à la charge.
Elle est d’ailleurs aussi l’initiatrice de la campagne de sensibilisation des parents aux dangers d’internet.
Cette campagne, très bien réalisée (au doublage près), met cependant dans un même panier les pédophiles, les néo-nazis et les jeux vidéos !
Et puis, il y a la télévision.
Sur les plateaux, ce sont des psychologues qui parlent d’internet et les stars du Net sont toujours présentés comme des geeks milliardaires sans vie sociale et jamais comme de vrais chefs d’entreprise.
Envoyé Spécial au top
Hier soir, sur France 2 dans Envoyé Spécial, on a atteint le summum du ridicule avec le reportage consacré à Facebook.
Après quelques petites minutes de présentation du service, les journalistes axent tout sur le prétendu « côté obscur » pendant près de 30 minutes à grand coup de stéréotypes et d’approximations :
On a droit aussi à deux petites pouffes de 14 ans qui se vantent de pouvoir trouver de la drogue sur le réseau. Elles en profitent pour nous dire qu’elles ont été draguées par un « vieux » de 50 ans.
Rien de bien différent par rapport à la vie réelle.
Bien sûr, on n’échappe pas non plus au sempiternel « Big Brother » et aux publicités ciblées (amusant pour des gens qui se plaignent de ne plus pouvoir en placer avant leur émission…).
Le reportage se termine par un conseil sur le plateau : ne pas s’inscrire sur Facebook !
Décalage générationnel
Pour ma part, l’explication principale est le fossé technologique qui s’est créé ces dernières années.
Depuis les années 60, on avait surtout eu des avancés sociales et culturelles (féminisme, musique, cinéma…) mais très peu technologiques. Mes parents avaient déjà la télé couleur, le téléphone ou les voyages en avion.
Et puis, en 10 ans, sont arrivés les ordinateurs dans tous les foyers, internet, les mobiles…
Imaginez par exemple que les enfants aujourd’hui au collège n’ont pas connu un monde sans Internet, téléphone portable ou GPS !
Les mentalités des plus anciens n’ont pas encore intégré ces nouvelles façons de vivre (Twitter, Facebook, Messenger…) et les plus jeunes n’ont rien connus d’autres.
Faudra-t-il attendre que ces jeunes soient adultes pour entendre parler des côtés bénéfiques d’Internet ?
Espérons que non. Mais il restera toujours ce mal bien français : tout ce qui est nouveau est suspect.
PS : Vous pouvez trouver l’émission sur Youtube
PS 2 : Un groupe contre le reportage d’Envoyé Spécial a été créé sur… Facebook !
PS 3 : Pas de « J’ai aussi été énervé par… » cette semaine car tout est dit dans ce long billet.
PS 4 : Certains journalistes comprennent quand même l’intérêt du net. Je vous conseille particulièrement cet article sur Twitter dans Le Monde.
J’ai pas vue le reportage, mais j’ai quand même se sentiment qu’on nous présente de plus en plus internet dans les médias traditionnelles comme une sorte de no-man’s land.
Par exemple j’ai vu dernièrement un reportage sur les journaux d’info sur le net ou on interrogeait le rédacteur en chef de charlie hebdo, celui si nous expliqué sens discernement que ces journaux ne publié que désinformation, rumeur et exagération. L’émission en question ne donnait aucuns éléments contradictoire avec ces affirmations.
Tous ça pour dire que ceux qui n’ont qu’une idée superficielle d’internet vont finir par en avoir une vision déformé grâce à ces émissions.
ça m’énerve, moi, d’entendre parler à tout bout de chant, de fossé générationnel. J’ai eu un ds premiers mac au début des années 1980. Une petite boîte où il fallait insérer des disquettes (qu’on échangeait, copiait etc) , qui plantait assez souvent . Il y a avait des hotlines de gens dévoués qu’on pouvait appeler jour et nuit, des copains qui filaient des trucs (par téléphone, vu qu’internet n’existait pas) et donc des réseaux. Bref, on a appris sur le tas, on s’est bien amusés et si on n’est pas des geeks, on n’est pas des branles, non plus. Et on est discrets mais nombreux.
La seule différence peut être, c’est qu’on fait attention à l’orthographe.
Mais le problème principal à mon sens, c’est la vie en entreprise où le matériel est obsolète, les gens pas formés, et le manque de temps pour se tenir à jour.
Martine, je suis globalement d’accord avec toi.
Par contre, toi comme moi, nous ne pouvons pas être qualifiés d’internautes moyens, ne serait-ce parce que nous tenons tous les deux un blog.
J’ai aussi connu les échanges de disquettes (les 5″1/4 souples) mais on faisait figure d’exception.
Quand je parle de fossé générationnel, je parle de ces parents qui ne comprennent pas encore l’utilité d’internet ni les usages alors que leurs enfants tiennent un skyblog, tchattent et ont leur profil sur Facebook…
D’accord, d’accord. Juste qu’à mon âge, on commence à être sensible à ce genre de ségrégation….
voir sur fb et les jeunes: el pais: http://www.elpais.com/articulo.....unet_6/Tes: en gros, selon une étude publiée à Los Angeles, internet et facebook contribuent au développement de la personnalité des jeunes.
Le problème là, que se soit pour Nadine Morano ou Envoyé Spécial c’est qu’ils se focalisent sur des cas extrêmes.
Oubliant pas la même qu’Internet est à limage des gens qui l’alimente, donc pas plus dangereux.
Oubliant aussi que le jeux vidéo ne produit pas que des sociopathes en puissance, mais qui peut avoir des bénéfice en étant un défouloir.
Donc c’est pas une question de génération, mais une question de médias et de culture.
Que les médias essaient de faire des sujets objectifs et pas alarmiste, que les gens qui ne savent pas vraiment de quoi ils parlent (ou croyants que la vision superficiel qu’ils ont est suffisante) se cultive un peut et tout ira bien.
[...] Philippe: Internet : un fossé générationnel qui fait peur [...]
[...] Café Froid : Internet, un fossé générationnel qui fait peur [...]
Eh bien pour ma part, je suis jeune, je suis informaticien, et pourtant je ne partage pas l’avis majoritaire, pour ne pas dire totalitaire, de ma génération. Pour ma part, Internet n’a que peu d’aspects bénéfiques.
Internet augmente les possibilités de médiatisation, déjà gigantesques, de notre société. Tant mieux ? Pas sûr…
D’après une étude (dont je ne retrouve pas la source sur le web, tant pis), l’adolescent français moyen passe 6 heures derrière un écran, chaque jour. 5 heures et 20 minutes si c’est une adolescente. Aucune prudence, la société y va à fond. On peut dire que le jeune moyen, il a sa dose quotidienne de médias.
Cher Philippe, vous me direz peut-être qu’à l’évidence, cela ne posera pas de problème grave sur le long terme. Mais êtes-vous un spécialiste de la question ? Que vous critiquiez le psy de France 5 qui n’a pas de renommée hors de son quartier, passe encore (quoique vous me semblez bien sûr de vous, mais peut-être avez-vous aussi un doctorat en psychologie ou d’autres raisons de vous placer au-dessus de l’analyse de ce monsieur), mais qu’en est-il des thèses des sociologues de renommée internationale ? Eux aussi ils n’ont rien compris ? Ils ont passé leur vie à étudier l’impact des médias sur la société mais ils sont à côté de la plaque, et vous avez décelé cela ? Non, la réalité c’est que ces spécialistes sont les humains qui sont les moins ignorants en la matière.
Et ils disent quoi, eux, à propos des monumentales possibilités de médiatisation de notre société ? Ils en disent le pire, à savoir que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous avons fait disparaitre la réalité, rien de moins. Attention, ça ne veut pas dire que nous vivons dans le virtuel lorsque nous nous connectons à Second Life. Ça veut dire que la totalité de notre vie, même lorsqu’on a éteint son ordinateur, n’est plus réelle. Non ce n’est pas un délire, c’est même enseigné dans les facs de sociologie (d’après une de mes connaissances étudiante), et en fait ça veut dire quelque chose de très concret. Difficile d’imaginer pire désastre, surtout que d’après cette thèse, le désastre s’auto-entretient et s’auto-justifie en masquant, par des phénomènes d’ordre psychologique, toute contradiction qui permettrait de le déceler. Cette thèse a inspiré, de loin, les réalisateurs du film Matrix.
Maintenant, supposons qu’il n’existe qu’une faible chance qu’Internet soit vraiment très néfaste, disons une chance sur mille. Est-ce que ça vaut le coup de prendre le risque ? Une chance sur mille de perdre ma mise de 2 euros au tiercé, je veux bien tenter. Une chance sur mille de perdre mon boulot parce que j’aurais essayé de prendre la place de mon chef, je veux bien tenter. Mais une chance sur mille, ou même sur dix mille, de bousiller la société, je ne veux pas tenter. Or, on est en train de tenter la société ultra-médiatique, et à fond. Tellement à fond, que maintenant les gens réclament d’avoir accès à Internet n’importe où, même dans la rue sur leur IPhone. Même Orwell n’avait pas été aussi loin dans l’omniprésence du média.
Et même si tout cela était faux. Allez, soyons fous, supposons que les grands pontes de la sociologie soient des illuminés complètement à côté de la plaque, qu’on sache mieux qu’eux, qu’on soit suffisants, qu’on ait pas besoin d’eux et pas besoin d’avoir passé notre vie à étudier la question pour pouvoir affirmer que bien sûr, Internet ne pose pas de problème grave qui justifierait son abolition. On est doué, on est des pros, on a tout compris, y’a pas de problème. Supposons. N’importe quel ado de 15 ans lobotomisé qui écrit en SMS sur son skyblog sera d’accord avec nous, mais c’est pas louche, au contraire, ça fait un avis de plus dans notre sens. Il reste tout de même le problème écologique.
Internet, impossible de s’en servir sans ordinateur. Or, la planète peut-elle supporter l’informatique ? La encore, il existe une chance sur mille que non. Ou peut-être une chance sur dix mille ou cent mille. Quelque soit la probabilité, le risque est trop grand : la disparition de l’humanité. Dans le (mauvais mais instructif) film Home, Arthus-Bertrand nous apprend que les débuts de la sur-exploitation des ressources de la planète ont commencé avec l’apparition de l’agriculture, il y a 10000 ans. Alors l’informatique, ces millions de machines en plastique fabriquées en Chine, transportées à l’aide de pétrole jusque dans tous les foyers du monde, remplacées tous les 3 ou 4 ans, si ce n’est pas tous les 1 ou 2 ans, et tous les périphériques qui vont avec : écran, clavier, souris, imprimante, scanner, etc. Là encore, on y va à fond, sans prudence. La mode est aux netbooks, ces petits ordinateurs portables à moins de 300 euros qui vont être remplacés tous les 2 ans au maximum. La mode est aussi aux PDA, ces ordinateurs de poche, là encore remplacés très souvent.
Finalement, si on a l’audance de considérer que le problème est peut-être beaucoup plus complexe qu’on ne le croyait, il se pourrait que France 5 et sa critique banale soit encore très loin de taper suffisamment sur Internet…
Merci Youf pour cette brillante analyse (rien d’ironique, je le pense vraiment).
Je suis d’accord avec toi sur bien des points, en particulier sur le coût écologique.
J’objecterai qu’on peut trouver des solutions pour que les machines soient moins polluantes.
On peut aussi dire que gràce à Internet, je ne me déplace plus pour faire des réunions (Toulouse < -> Paris) mais je les fait en visio.
J’envoie aussi énormément moins de courriers par la Poste donc bien moins polluants.
Tout ça pour dire que tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc.
Et puis, n’oublions pas un point important : l’accès à la culture. Sans contestation possible, Internet permet d’ouvrir de nouveau horizon. L’accès à Wikipedia en est là preuve, qui ouvrait le très cher Universalis avant ?!?
Et pour terminer, grâce à Internet, on est en train de communiquer ensemble. N’est-ce pas une avancée ?
PS : Je n’y connais rien en sociologie, ce n’est que mon avis que je donne.
J’aurais réussi à te faire considérer un point de vue alternatif, fut-il inexact (car certaines choses que j’ai avancées sont controversées, tout de même) ;-).
Wikipedia est pratique, mais elle ne fabrique pas des gens plus instruits, loin de là. La plupart des gens viennent chercher une info ponctuelle sur Wikipedia, ils ne viennent pas s’instruire comme peut le faire un étudiant dans une bibliothèque. De plus, on ne sait pas quels articles attirent les gens. Les dernières infos people sur Britney Spears (car on trouve ce genre de chose en grande quantité) sont sans doute plus consultées que les articles sur la résolution des équations différentielles.
Wikipedia, c’est le progrès sur le côté pratique, mais c’est une régression sur la qualité. La plupart des articles sont indignes d’une encyclopédie digne de ce nom, soit sur le contenu, soit sur la forme. Dans l’Universalis, il n’y a pas la liste des Pokémons. Sur Wikipedia, si. Progrès pour l’humanité ?
À l’instant où j’écris ce message, quel est l’article le plus consulté sur Google Actualités (lien « articles les plus lus ») ? Réponse : le site voici.fr, qui est la plupart du temps en première ou deuxième position, souvent pour des « infos » sur les émissions de télé réalité. Tu peux vérifier par toi-même, et tu pourras jeter un oeil un autre jour, c’est quasiment une constante. Voilà ce qui attire le plus les gens dans « les actualités ».
À côté de ça, les sites web les plus fréquentés sont skyblog.com (2ème en France après Google, 17ème dans le monde), ou des forums comme hardware.fr ou doctissimo. Des messages écrits en SMS surchargés en smileys images, des pages surchargées de pubs, du contenu sans intérêt. Les ados peuvent y passer plusieurs heures par jour. Quels adultes deviendront-ils ? Ils deviendront des adulescents.
Il y a même un « langage web » : « obviously », « ça pootre », « inside », « lol », etc. Les gens pensent que ça fait cool, alors ils absorbent, grégaires qu’ils sont. Ça fait mal au coeur quand ensuite, dans la vraie vie, on entend ce vocabulaire dans la bouche d’un adulte. Obviously, ça pootre pas, lol.
Sinon oui, on communique, mais est-ce une avancée ? Internet modifie la société, mais dans le mauvais sens, comme la télé avant lui. Le français moyen est-il constant, gagne-t-il ou perd-t-il en qualités humaines ? Il n’y a qu’à regarder toutes ces séries télés dont les gens s’abreuvent : les personnages principaux sont tous des beaux gosses dans le vent, ils sont jeunes, cools, drôles, et on les retrouve ensuite dans des tas de pubs pour des produits de beauté… Il y a seulement 30 ans, les héros étaient quelconques, ils pouvaient être vieux (Arabesque), moches (Kojak), obèses, bourrus et pas drôles (Canon), handicapés (Perry Mason), pot-de-colle (Columbo), etc. Maintenant, même en cherchant bien, difficile de trouver une série sans les beaux-gosses fashion à la cool attitude, même s’il existe sans doute une exception ou deux. Les vrais gens, ça n’intéresse plus grand monde. La médiatisation construit l’image de ce qu’il faut être, aussi bien la télé qu’un forum web avec un sujet du genre « moquons-nous de ces beaufs pas fashion » (ça existe). Dommage que cette image soit artificielle, futile et chiante, et qu’elle séduise pourtant tant les gens.
Voilà pourquoi j’aimerais bien qu’on arrête de passer des heures chaque jour derrière un écran :-). Ça nous lave le cerveau, ça nous transforme en consommateurs uniformisés et mondialisés. On communique, mais les messages qui circulent, à côté du notre, c’est surtout les messages qui flattent les plus bas instincts, et ils circulent dans un libéralisme absolu. Personne ne pourra proposer de fermer skyblog.com sans être traité de fasciste, de réactionnaire, et de toutes les insultes habituelles qu’on reçoit quand « on s’oppose au progrès ».
Fin de ma propagande anti-internet et anti-modernité (je sais, je suis long mais c’est fini). Bonne continuation dans la vie, et garde à l’esprit que la véracité de quelque chose ne se mesure pas à son caractère consensuel. On a trop tendance à penser que progrès = surenchère. Peut-être que le vrai progrès, ça serait de se débarasser d’Internet (et de deux ou trois autres choses). Je me console en me disant qu’un jour prochain, une catastrophe écologique nous en privera de force. Et ce n’est pas les micro-processeurs basse consommation ou la diminution des échanges postaux qui empêcheront ça. Là, on apprendra la leçon. Si on survit.
C’est toi qui m’oblige à passer du temps devant mon écran avec de si longs commentaires ! :P
Non, sans blague, je te remercie pour cette réponse si argumentée.
Je ne suis évidemment pas totalement d’accord avec ton point de vue très (trop ?) pessimiste mais je comprends ton idée générale.
Je retiendrais donc ça : « et garde à l’esprit que la véracité de quelque chose ne se mesure pas à son caractère consensuel ».
Fait un tour dans les articles de mon blog et tu comprendras que c’est exactement ce qui est pointé du doigt par ici. Comme quoi on peut quand même être d’accord !
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