Le blog qui prend le temps de s’énerver
15 mai
Juste une petite brève pour que je ne sois pas le seul à être désespéré…
Pour faire le plein d’une voiture en biocarburant (50 litres), il faut utiliser 358 kg de maïs !
Cela correspond à la consommation annuelle d’un enfant dans un pays qui a le maïs comme aliment de base : Mexique ou Zambie par exemple.
Voilà, c’est dit et je suis toujours énervé.

Et vous, vous avez aussi des chiffres qui vous énervent comme celui-là ?
29 avr
La téléphonie fait partie de ces sujets un peu étonnants dès qu’on parle de pouvoir d’achat.
En effet, le prix des télécommunications mobiles revient souvent sur le devant de la scène quand on calcule le montant du “panier de la ménagère”. Cependant, personne ne se pose la question de l’absolu nécessité d’avoir autant de téléphones que de personnes dans le foyer…
Bon, partons tout de même de ce postulat “le téléphone mobile est indispensable”.
Regardons donc l’état du marché : 3 opérateurs (Orange, Bouygues et SFR) qui trustent le marché depuis le début. Ces industriels ont même reçu une amende record (534 millions d’euros) pour leurs pratiques anticoncurrentielles.
Oh, on a bien ouvert à quelques concurrents, les MVNO (Virgin Mobile, NRJ…), mais ceux-ci sont obligés de louer le réseau aux 3 géants, ils ne peuvent donc rivaliser.
L’espoir de la 3G
Une 4ième licence UMTS (la 3G) a été mise sur le marché début 2007.
Tous les espoirs se sont donc tournés vers l’arrivée de ce nouvel opérateur potentiel. Cependant le cout exorbitant de la licence (619 millions d’euros) a freiné les plus téméraires.
Seul le fournisseur d’accès à internet Free a répondu favorablement à la demande en échange d’un étalement du paiement.
Tout semblait donc en bonne voie, d’autant que Free, l’agitateur du Net, crie sur tous les toits qu’il arrive pour casser les prix et faire bouger la concurrence.
Lobby et copinage
Orange, SFR et Bouygues, voyant cette arrivée d’un très mauvais oeil, ont effectué un énorme travail de lobby, en particulier auprès du gouvernement et des députés. On peut aussi penser que Martin Bouygues a parlé du sujet à son ami Nicolas Sarkozy…
Et voilà qu’au début du mois, on apprend que les conditions d’attribution de cette 4ième licence vont être revus, elle sera finalement attribuée par lot.
Dernier épisode, le secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la Consommation Luc Chatel a déclaré cette semaine qu’un débat serait organisé à l’automne sur le sujet.
Il ne faut donc pas espérer une attribution avant 2009.
Pour l’UFC-Que Choisir, “ce serait la deuxième fois que le gouvernement plie sous le lobbying des opérateurs mobiles“, après avoir renoncé à supprimer les forfaits avec un engagement de 24 mois. “Cette décision serait purement politique“.
Au moment où on fait l’apologie de la concurrence entre supermarchés, il ne semble pas en aller de même pour la téléphonie…
15 avr
Et maintenant les “émeutes de la faim” !
Nouveau drame planétaire (dé)couvert par nos médias..
Hélas, ces émeutes télévisées ne sont que la partie émergée d’un iceberg bien ancien.
Si le pouvoir d’achat truste nos journaux télévisés, il faut bien se rendre à l’évidence, ce phénomène est mondial. Il n’a pourtant pas le même impact dans des pays où la nourriture représente la totalité des dépenses.
L’augmentation des matières premières (blé, maïs, riz ou haricots) est directement lié à notre politique jusqu’au boutiste en matière d’environnement après des années de laisser-aller.
Il y a encore un an de cela, une grosse voiture puissante représentait le pouvoir dans toute sa splendeur, quelque soit le milieu ou le coin du monde. Entre temps, une conscience environnementale de circonstance est apparue. On ne jure plus que par les voitures hybrides ou le biocarburant, même la Formule1 s’y met !
Je suis un fervent défenseur de la nature, je suis pour les petits gestes du quotidien, cependant j’essaie aussi de mesurer les conséquences de mes actes.
Du pétrole dans l’assiette
A plus de 100$ le baril de pétrole, les plantes pour le biocarburant deviennent aussi chouchoutées qu’une plateforme en Mer du Nord, quite à supprimer des cultures vitales.
Voilà où nous en sommes arrivés pour “protéger la nature” avec nos biocarburants-qui-donnent-bonne-conscience :
Et ce n’est pas fini puisque pour rester dans la course, l’Union Européenne s’est donné comme objectif de passer à 10% de biocarburant d’ici 2020.
On pourrait aussi parler des tonnes d’engrais et de pesticides nécessaires pour une telle production…
Le rapporteur de l’ONU sur l’alimentation Jean Ziegler parlait déjà de crime contre l’humanité en 2005. Les récentes émeutes lui donnent aujourd’hui raison.
Comme lui, je suis de l’avis de demander un moratoire contre sur les biocarburants en attendant de trouver une matière première plus raisonnable; les déchets végétaux sembleraient être un voie bien plus éthique.
Le remède est quelque fois pire que le mal…
9 avr

Pendant que le pouvoir d’achat squatte le cœur de l’actualité, une guerre sans merci a lieu autour de nos assiettes : la guerre du Camembert !
La bataille oppose les partisans et adversaires du lait cru, d’un côté les grands groupes comme Lactalis (Président, Lepetit, Lanquetot…) et de l’autre les petits producteurs.
Le dernier épisode en date montre toute la dureté du combat.
Fin mars, le groupe Lactalis a “informé” le ministère de l’Agriculture de la présence de bactéries pathogènes dans un lot de camemberts d’un concurrent, la fromagerie Réaux.
Il s’est rapidement avéré que ces bactéries ne présentaient aucun risque et que le lot incriminé avait une date de péremption dépassé !
Cependant le mal était fait et le ministère avait demandé de retirer ces produits à titre de précaution.
Cet épisode fait suite à la demande des grands groupes d’assouplir les règles d’AOC sur le Camembert de Normandie afin de supprimer l’obligation d’utiliser du lait cru.
Lactalis se réfugie derrière des raisons sanitaires pour imposer ce changement. Il est cependant évident que les fromages à base de lait thermisé (chauffé) reviennent bien moins chers à fabriquer et se conservent plus longtemps (demande des supermarchés). De plus, ils s’exportent mieux car peu de pays goutent nos fromages qui puent, en particulier les Etats-Unis…
Derrière tout cela, on retrouve la question de la mondialisation de la nourriture : les tomates rouges et sans gouts toute l’année, les vins uniformisés, le surimi au gout de crabe…
Face à la sortie mensuelle de nouveaux produits marketés et calibrés, les producteurs régionaux ne pèsent pas bien lourd avec leurs produits artisanaux ou semi-artisanaux.
Les grands industriels sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. Je ne peux leur en vouloir, ce ne sont pas des associations loi 1901. J’espère juste qu’une voie médiane sera trouvée pour que coexistent des produits régionaux et d’autres de grande consommation.
A notre niveau, sans dépenser beaucoup plus, voire moins, les marchés locaux permettent de découvrir de nombreux produits régionaux de qualité. Il est par contre totalement utopique de croire que toute la planète pourrait consommer bio ou artisanal, la Terre n’en a pas les moyens. Réaliser cela serait déjà un grand pas vers cette voie médiane.
Enfin, petit détail sur le camembert : les petits producteurs ont obtenu une première victoire en février en obtenant la garantie de conserver des Camembert AOC de Normandie exclusivement au lait cru.
Peut-être que cela a agacé Lactalis…
Et vous, vous êtes plutôt supermarché ou super marché ?
2 avr
Cette semaine on apprend que l’Autorité des marchés financiers (AMF) a confirmé les soupçons de délits d’initiés envers 17 dirigeants d’EADS et le lancement d’une procédure de sanctions.
Pour rappel, en 2006, suite à l’annonce d’un retard de plusieurs mois du programme Airbus 380, l’action de la maison-mère EADS avait plongé de près de 30%.
Or il a été rapidement révélé que des dirigeants avaient vendu leurs actions quelques semaines plus tôt.
En ce début d’été 2006, ces personnes, dont le président Noël Forgeard, ont juré ne rien connaître de l’éventualité de ces retards.
Pourtant, à cette époque, tout Toulouse bruissait de rumeurs concernant l’A380.
Je ne travaille pas pour Airbus ni pour aucun de ses sous-traitants, mais je suis Toulousain. Ici tout le monde connait quelqu’un qui travaille pour Airbus. Depuis plusieurs mois, il était évident pour ces salariés que les plannings étaient intenables.
Les medias parisiens, y compris les “spécialistes” de l’aéronautique, ont semblé découvrir l’existence de ces retards le jours de l’annonce officielle. Quelle plaisanterie !
Alors si toute une ville savait, comment des dirigeants pouvaient ignorer la situation ?
Cette histoire est une vaste hypocrisie et je peux d’ores et déjà vous annoncer un autre scoop : l’A400M (Airbus militaire) ne tiendra pas non plus le planning initial.
Il suffit de demander à quelques toulousains…
18 mar
Voilà maintenant une semaine que le Tibet est à nouveau au cœur de l’actualité. Quand je dis ça, j’en exclue bien évidemment l’actualité chinoise.
La Chine s’enfonce de plus en plus dans une position ambiguë qui devient difficilement tenable, ceci en grande partie dû à l’émergence de l’économie numérique.
Hier, dans les usines chinoises, les salariés étaient facilement contrôlables : pas d’accès à l’information, loisirs contrôlés par l’état.
Aujourd’hui, la Chine doit faire face à une population qui entend des bruissements extérieurs. Depuis l’ouverture capitaliste de ce pays, l’échange des marchandises avec l’étranger s’est accompagné d’un flux de plus en plus important de personnes.

Là où une répression violente au Tibet était passée sous silence, il faut maintenant faire face à des étrangers qui affluent dans le pays accompagnés de leurs journaux et autres ordinateurs portables plein de vidéo.
Les hôtels eux-même doivent proposer CNN, TV5 ou BBC dans les chambres pour contenter les visiteurs.
En voyage professionnel à Canton, j’ai pu me rendre compte que les journaux locaux (China Today) ne contiennent pas les même informations dans leur édition anglaise, mais de plus en plus de chinois comprennent cette langue.
Voilà comment pour la première fois l’Agence Chine Nouvelle (AFP locale) a parlé d’émeutes au Tibet. Bien sûr, la présentation reste très pro-chinoise mais on sent les choses bouger.
Et les JO dans tout ça ?
L’appel au boycott est pour moi une façon de remettre la chape de plomb sur ce pays.
C’est vrai qu’il est bien plus simple de demander à des athlètes de se sacrifier pour nous plutôt que de tirer un trait sur le juteux marché chinois ou de décider en son âme et conscience de ne plus acheter des t-shirts Made in China…
Il n’en va pas de même pour les entreprises qui se rendent complices de la censure chinoise. Google et Yahoo ne sont à ce sujet pas des modèles du genre. Côté français, Thalès (l’état est actionnaire à 27%) est le fournisseur des antennes permettant le brouillage des radios et télévisions au Tibet.
Je pense que la venu de milliers de journalistes et de touristes cet été ne laissera pas la Chine intacte. Sur cette multitude, on peut espérer que certains ouvriront les yeux de ce peuple et essaimeront un vent de liberté.
Enfin, il serait aussi temps d’entendre nos hommes politiques si enclin à parler de droits de l’homme lors des échéances électorales et si discrets quand le problème se présente.
Le boycott de la cérémonie d’ouverture par tous les chefs d’états serait un symbole fort.
Je rêve d’athlètes sur le podium avec un drapeau tibétain. Ne serait-elle pas la plus belle image face à la censure ?
Permettez-moi de croire encore à la force des symboles…
16 mar
Voilà où nous mène la médiatisation à outrance de tous les conflits sociaux et l’utilisation de cette médiatisation par les politiques.
Bogny-sur-Meuse dans les Ardennes, suite à une mauvaise gestion par son patron, l’entreprise Lenoir-et-Mernier est en liquidation judiciaire. 130 salariés se retrouvent sur la carreau.
Un mois de combat de la part de ces laissés-pour-compte mais aucun média national ne daigne en parler.
A côté de ça, on voit des Julien Courbet “médiatiser” dans affaires de voisinages inextricables en les régler en direct. Magie de la télévision.
Les pécheurs ou les taxis font parler d’eux, le gouvernement lâche.
Il n’en faut pas plus pour se dire que sans médiatisation pas de salut. Je pense que c’est, hélas, un peu vrai et probablement l’un des plus grands maux de notre société future.
Voilà donc comment ces ex-salariés des Ardennes en viennent à poser cet horrible ultimatum : déverser 500 litres d’acide chlorhydrique dans la Meuse. Une idée ancienne puisqu’en 2000 dans un autre village des Ardennes, les salariés de Cellatex avaient mis leur menace à exécution.
La détresse de tous ces gens est difficilement supportable, peut-être trop pour le 13h de Jean-Pierre Pernaut. C’est pourtant la réalité d’aujourd’hui qu’il faut regarder en face et surtout ne pas s’en détourner.
Cependant verser cet acide me fait penser à scier la branche sur laquelle on se trouve. La pollution (quelle qu’elle soit) touche toujours les plus démunis en premier. Ce sera ici encore le cas, et le patron sera bien loin quand les ex-salariés passeront leur temps en péchant dans cette Meuse morte.
Espérons que cette situation se réglera de façon civilisée…